Le dérèglement politique

Elman va aller chercher son riz

En général l’ambiance à Antananarivo commence à chauffer aux alentours du mois de mai. Mais dérèglement climatique oblige, cette année c’est au mois de juillet que l’ambiance commence à se crisper sérieusement.

Grève des douaniers, la Justice qui devrait suivre la même voie après l’expiration très prochaine de son ultimatum, les journalistes qui vont aussi descendre dans la rue ce vendredi suivi le lendemain par ce bras de fer à Mahamasina entre Marc Ravalomanana et la Préfecture de Police, tout ceci commence à s’accumuler facheusement.

L’ambiance politico-judiciaire continue donc de partir en sucette, avec un risque d’embrasement généralisé qui n’est certainement pas à écarter.

Rajouté à tout ceci, il ne faut pas oublier l’extrême pauvreté d’une population poussée à bout, qui n’a pas d’argent et qui a faim.

Car il faut bien considérer cette bombe à retardement qu’est la famine. La pluviométrie a été manifestement insuffisante ces derniers mois et les premières récoltes cette année le montrent bien. Et je parle en connaissance de cause : si tous les ans j’étais habitué à tirer 100 de mes rizières, cette année ce ne sera que 50, à cause du manque d’eau ! Donc imaginons les dégâts à l’échelle nationale, la crise du riz n’est pas derrière nous : elle est bien devant nous. Certains paysans que j’ai rencontré prédisent ainsi un kapoaka à 1000 ar.

Apparemment, tout le monde ne sait donc pas que gouverner c’est prévoir. Or depuis plus de 1250 jours, rien n’a été prévu, on attend que les problèmes explosent à la figure pour ensuite tenter de jouer au pompier.

Où sont passées les belles promesses du candidat n°3 ? Pourquoi tout part de travers dans ce pays ? Et pourtant, en 2013, on nous en mettait plein la vue avec cette « élection présidentielle pour la sortie de crise à Madagascar ». Où en sommes nous aujourd’hui ? Le Président Hery Rajaonarimampianina a disposé de toute latitude pour gouverner depuis plus de 3 ans et demi et où sont les résultats ? Ah oui pardon, tout ceci est la faute de ses prédécesseurs qui n’ont rien fait. C’est peut-être vrai mais lui, il a fait quoi depuis 1250 jours ?

L’affaire Claudine Razaimamonjy, est-ce que c’est la faute des prédécesseurs ? Les proportions effarantes que l’insécurité a pris  dans ce pays, c’est la faute aux prédécesseurs ? Le 2 poids 2 mesures dans l’autorisation des meetings politiques, c’est la faute de ses prédécesseurs ?

Car il convient de bien le rappeler : en juin 2017, le HVM a pu faire son carnaval à Tulear, sur la voie publique, en toute impunité, alors qu’un décret stipulait expressément l’interdiction de toute manifestation politique sur la voie publique.

Alors pourquoi refuser la même chose à Marc Ravalomanana ? Qui plus est pensait le faire dans un espace clos ? La peur de se faire humilier face au nombre de participants que le Président de Tiko drainera ?

Décidément les gouvernants actuels sont en train de refaire exactement les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs : entre autre celle de penser qu’ils resteront au pouvoir ad vitam.

Non, dans quelques temps, les gouvernants actuels deviendront exactement comme leurs prédécesseurs : plus rien.

Surtout à l’allure où vont les choses.

A propos de elman

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