Barea : peut mieux faire

Le dimanche dernier, l’équipe de football de Madagascar a réussi l’exploit de se hisser en quart de finale de la CAN 2019 après avoir sorti la République Démocratique du Congo en huitième de finale à l’issue de la séance des tirs au but (4-2). Une véritable prouesse pour un pays qui n’a participé à aucune compétition majeure en 60 ans.

Mais au-delà de la qualification historique, ce qui interpelle, ce sont les nombreuses lacunes (aussi bien offensives que défensives) que nos Barea ont affiché pendant ce match et qu’il faudrait corriger à tout prix pour continuer à rêver et, pourquoi pas, viser une place dans le dernier carré.

Sans aucune prétention de ma part et sans vouloir être un pisse-vinaigre, je vous propose dans ces quelques lignes une analyse personnelle des points à améliorer en vue du prochain match contre la Tunisie.

 

– Jouer rapidement les transitions

En football, la « phase de transition » désigne le passage de l’équipe d’une configuration « avec le ballon » (en mode offensif ou conservation de balle) à une configuration « sans ballon » (en mode défensif), et vice versa.

En termes clairs, c’est le moment où l’équipe passe de la position d’attaque à celle de défense, et inversement.

Le jeu de transition fait désormais partie intégrante de l’approche tactique de l’entraîneur.

Pour mieux comprendre ce concept, prenons un exemple concret.

L’équipe A qui attaque se fait chiper la balle par son adversaire B. À la perte de balle, celle-ci se retrouve désorganisée défensivement.

Trois options s’offrent donc aux joueurs de l’équipe A pour empêcher ceux de l’adversaire B de progresser :

  • soit chercher à récupérer le ballon rapidement en effectuant un pressing sur le porteur de ballon adverse de l’équipe B. C’est ce qu’on appelle le pressing à la perte (Liverpool ou encore Paris excellent dans ce domaine). S’il est bien exécuté, ce type de pressing permet de retourner une situation défavorable en favorable et de se créer des occasions franches. En revanche, s’il est mal effectué et que l’adversaire parvient à contourner les premières lignes de pressing, la défense se retrouve vite exposée et cela se termine souvent par un but.
  • soit effectuer une faute tactique (un tacle, une poussette, un tirage de maillot…) pour casser le rythme et éviter à l’adversaire B de se lancer en contre-attaque. Ce n’est pas toujours efficace puisque l’arbitre peut décider de laisser jouer l’avantage.
  • soit réaliser un repli défensif. Pour cela, tous les joueurs de l’équipe A concernés par la tâche défensive doivent se replacer rapidement. Cela exige d’énormes efforts de replacement et les multiples courses peuvent s’avérer usantes physiquement.

On peut donc en déduire qu’il n’existe pas de stratégie 100 % efficace.

De son côté, l’adversaire B, qui vient de récupérer le ballon, pourra profiter de la désorganisation momentanée (d’une dizaine de secondes) de l’équipe A pour contre-attaquer rapidement.

C’est d’ailleurs de cette façon que nous avons marqué notre deuxième but. Romain Metanire récupère le cuir, fait une magnifique course de trente mètres pour permettre à tout le bloc de remonter, offre une passe millimétrée à notre avant-centre Faneva, lequel conclut l’action d’une superbe tête plongeante.

Mais là où le bât blesse, c’est qu’à plusieurs reprises, nos Barea, après une récupération médiane du ballon, ont eu l’occasion de jouer rapidement la transition et de lancer une contre attaque éclaire. Sauf qu’à maintes reprises, lorsque ce n’est pas Carolus qui temporise trop, et donc gâche ces opportunités de se créer rapidement des occasions, c’est Lalaina qui ralentit le jeu avec des dribbles inutiles, lequel finit souvent par perdre le ballon.

Et puis, il y a cette fâcheuse manie de jouer en arrière. Même quand nous sommes en supériorité numérique dans la moitié de terrain adverse et que nous pouvons en profiter pour contre-attaquer, nous avons tendance à repasser le ballon à un joueur en retrait, le plus souvent à l’un de nos deux centraux (la désorganisation de la RDC n’a pas été exploitée). Du coup, les Congolais ont eu tout le temps de se replacer défensivement.

C’est donc l’un des aspects à travailler pour le prochain match. Jouer rapidement les contre et demander à Carolus et Lalaina de simplifier leur jeu, en évitant les dribbles superflus, et gagner ainsi en efficacité.

 

– Gagner les duels aériens et bien gérer les coups de pied arrêtés

Pas besoin d’être un expert pour comprendre que nous sommes très faibles dans ces deux domaines de jeu. On l’a d’ailleurs bien vu sur les deux buts encaissés ; tous deux ayant été marqués de la tête.

Le premier par Cédric Bakambu qui a profité de l’apathie de nos deux défenseurs centraux pour placer une tête smashée, laissant Melvin (notre gardien de but) impuissant. Le second sur corner, par Chancel Mbemba, à la 90e minute.

D’ailleurs, les Léopards se sont procuré leurs meilleures occasions sur coup de pied arrêté, et essentiellement sur corner.

Malheureusement, pour remporter les duels aériens, il faut être de grande taille et avoir une carrure imposante (élémentaire mon cher Watson), et c’est justement ce qui nous faisait défaut contre la RDC.

Avec leur taille longiligne, la plupart de nos joueurs paraissaient riquiqui à côté des Léopards. J’ignore si c’était une consigne spécifique de leur entraîneur Florent Ibenge, mais les Congolais ont abusé des centres et des longs ballons en hauteur pour tenter de chercher la tête d’un partenaire, et cela a fonctionné.

Le facteur X : Dimitry Caloin

Conscient que ses poulains étaient incapables de rivaliser dans les airs avec les Congolais, Nicolas Dupuis a tenté de répondre tactiquement en faisant rentrer le milieu de terrain limougeaud et son 1mètre93 sous la toise.

Si sa rentrée n’a pas empêché les Léopards de marquer, elle a toutefois eu le mérite d’apporter une petite bouffée d’oxygène à notre défense sur les coups de pied arrêtés.

Les Tunisiens vont surement analyser notre match contre la RDC et exploiter cette faille en multipliant les centres et les coups de pied arrêtés.

Je verrais donc d’un bon œil une titularisation d’entrée de Dimitry Caloin pour garantir une présence rassurante dans notre surface sur coups de pied arrêtés (coup franc, corner).

 

– Plier le match rapidement

Comme à l’accoutumée, les Barea ont trouvé rapidement la faille avant le premier quart d’heure. C’est toujours un avantage psychologique que de mener au score.

Malheureusement, l’avantage n’aura été que de courte durée, car les Léopards étaient parvenus à recoller au score quelques minutes plus tard.

Le constat : les Barea ont arrêté de jouer après le premier but et n’ont pas cherché à faire le break. Un attentisme qui a été rapidement sanctionné, les Congolais ayant réussi à égaliser. Résultat : la confiance a changé de camp.

Mon analyse : nous devons chercher à plier le match le plus vite possible, en faisant le break avant la pause. Avec une avance confortable de deux buts, nous serions plus sereins pour gérer la deuxième période. Parce qu’à un à zéro, l’espoir est toujours permis pour l’adversaire.

 

– Éviter de « jouer à la baballe » dans notre propre camp

Notre style de jeu est un mix entre un jeu de possession à la barcelonaise, avec des passes courtes en une touche et une réelle volonté de construire à partir de la défense, le fameux tiki-taka, et un jeu plus vertical, avec de longs ballons en avant, pour trouver nos ailiers supersoniques ou notre avant-centre.

Le hic, c’est que la plupart du temps, notre phase de possession se résume à se passer la baballe dans notre propre moitié de terrain.

C’est bien de tenir le cuir, mais c’est mieux d’en faire bon usage. Et ce n’est pas en multipliant les passes latérales dans notre propre camp que nous parviendrons à inquiéter le gardien adverse.

L’axe d’amélioration : il faut chercher à jouer dans la moitié de terrain adverse, multiplier les appels contre appel dans le dos des défenseurs et changer de rythme pour désorganiser l’adversaire. Cela requiert des joueurs créatifs. Titulariser Njiva ou Voavy Paulin n’est donc pas une si mauvaise idée.

 

Pour conclure, nous avons les tripes et le cœur pour aller chercher une place dans le dernier carré. Reste juste à peaufiner quelques détails pour être plus létal et confirmer notre montée en régime. Il ne faut d’ailleurs pas nous reposer sur nos lauriers et nous devons continuer à travailler si nous voulions aller le plus loin possible dans cette compétition. Enfin, le retour de Marco Ilaimaharitra, absent contre la RDC après avoir écopé deux cartons jaunes en phase de poule, devrait faire du bien à notre milieu.

Pour finir, je n’aurais que deux mots à dire : Alefa Barea

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elman
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Il y a quand même un point crucial que vous ne mentionnez pas : la condition physique ! Or là ils sont clairement fatigués et un pressing constant à l’avant, ça se paie cher physiquement.

Les passes courtes en retrait, ça dépend : ça peut être une manière de temporiser aussi quand on voit que le bloc défensif en face est bien formé. Donc plutôt que de tenter de foncer immédiatement devant, ça peut être pertinent de temporiser un peu en arrière. Ca laisse aussi un peu le temps aux attaquants de bien se démarquer et de se positionner.

Par contre en jouant en retrait, il faut garder la maîtrise du ballon. Ce que j’appelle la fameuse « passe à dix », où on fait circuler le ballon en triangle, en tournant les attaquants adverses en bourrique. Et malheureusement, ils sont pas encore au point sur ce plan là les Barea, ils se font chiper la balle très vite et automatiquement, la contre-attaque adverse est dangereuse.

rnaivos
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un point crucial que vous ne mentionnez pas : la condition physique
Dupuis l’a mentionner dans la conf de press post match, ou il a indiqué que ses gars était cuits pendant la prolongation du fait qu’il utilise toujours le 11 de base même s’il fait des changement en cours de route. Il a indiqué faire le maximum avec les preparateurs et les Kines pour gerer ce problème pour le prochain match.

Cette stratégie a été dument choisi pour optimiser l’automatisme entre les joueurs, mais elle a un prix au niveau de la fraicheur et l’état physique des joueurs (donc c’est un choix assumé et qui a fait ses preuves jusqu’à maintenant). D’ailleurs notre faiblesse contre la RDC par rapport à la Nigéria viens de l’absence de Ilaimaharitra. Dupuis a précisé que ce n’est pas Rayan Raveloson qui n’est pas bon mais que l’automatisme avec lui n’est pas encore en place.

Sifaka
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Sifaka

J’ai bien remarqué que la RDC nous a bien exploité avec les duels aériens, en plus les attaques ne passent pas souvent au milieu avec ces centres et longs ballons . Sûr fa efa hitan’ny Coatch io , Alefa Barea !




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