Ah la la Madagascar

Tonga saina ry tenisany ô

Quand je discute avec des Malgaches en France, la grande majorité d’entre eux, et vous allez être surpris … rêvent tous de revenir habiter à Madagascar. Seulement …

Mais seulement il n’y a pas un seul mais plein de mais.

D’abord cette insécurité absolument rédhibitoire ! Quand la sécurité des biens et des personnes n’est pas du tout assurée, comment imaginer une seule seconde revenir habiter à Madagascar avec femme et enfants quand vous risquez à tout moment d’être attaqué chez vous ? Que l’on vous vole ? Que vous ne pouvez même pas marcher dans la rue sans risquer d’être dépouillé, etc. ?

Deuxième chose totalement rédhibitoire là aussi, et nous en avons déjà parlé, c’est le système de santé totalement défaillant à Madagascar. Quand quasiment toute votre vie vous avez été habitués en France à des soins de qualité et au prix minimum, comment imaginer un seul instant devoir affronter le système de soins moyenâgeux à Madagascar ?

Troisième élément, le coût de la vie. Les calculs étant rapidement effectués, comment concevoir qu’il failler gagner autant, sinon plus qu’en France, mais sans retrouver le même niveau ni même un minimum de confort ? Rouler sur des routes du Moyen âge ? Se demander si l’électricité et l’eau vont marcher ? Se couper un bras pour envoyer les enfants à l’école ? Soyons sérieux.

Par contre j’ai remarqué que la question du salaire n’était pas forcément bloquante. Effectivement, c’est là un paramètre sur lequel vous pouvez avoir un certain contrôle, comme on dit « vola fitady » (l’argent ça peut se chercher).

Mais l’insécurité, la santé, hélas non, ça ne se fitady pas. Et tant que l’État ne remplira pas correctement sa mission de service public pour ces deux choses là, la diaspora ne pourra que rêver de rentrer… mais ne rentrera pas.

Je regarde tous ces gens de la diaspora que j’ai pu côtoyer depuis ces quelques mois. Des gens simples pour la plupart, qui mènent des vies sans histoire, ont un travail, un logement, se nourrissent correctement, peuvent se soigner, se déplacent sans problème, ont des loisirs, prennent des vacances.. bref une vie normale de monsieur tout le monde en France quoi.

Une vie que nos compatriotes à Madagascar aimeraient bien avoir eux aussi mais je peux vous assurer, puisque je connais parfaitement les 2 pays, que mener ce genre de vie « normale » en France est devenu un très grand luxe à Madagascar. Et comme nous l’avons vu plus haut, ce n’est pas seulement une histoire d’argent.

Donc voilà où nous en sommes en 2018. Et je ne dis pas bravo aux dirigeants qui se sont succédés ces dernières décennies, il n’y a franchement pas de quoi être fiers.

Madagascar, l’un des rares pays au monde qui a réussi l’exploit de s’appauvrir sans connaître la moindre guerre. Le seul pays qui s’est débrouillé pour diviser son PIB par habitant par 2 en moins d’un demi-siècle, ce ne sont pas des élucubrations elmanesques, ce sont des réalités.

Par contre, et les Malgaches de la diaspora l’ont bien observé même en étant à 10 000 kms, il y a une infime partie de la population qui n’est pas pauvre du tout et leur réflexion nous servira de conclusion aujourd’hui : « … et ils n’ont pas honte de rouler dans leurs 4X4 mal acquits dans cet océan de misère et de pauvreté » ?

Voila c’est dit, en 550 mots et en 8 minutes. Mba tongava saina leretsy soupirent les Malgaches de la diaspora. Si vous voulez que tous les enfants à Madagascar finissent comme sur cette photo, continuons comme cela.

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elman

Digital Native Allez on y croit !

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Malala
Malala
2 années plus tôt

Voazavanao tsara mihintsy

ramatoa
ramatoa
2 années plus tôt

ndrii, mampalahelo ahy ny mijery ilay sary , mampahatsiahy fianana be dia be

Malala
Malala
En réponse à  ramatoa
2 années plus tôt

Io no nasehon’i Elman, fa feno izy ao tanà

F
F
Gold
2 années plus tôt

Je fais partie d’une étrange diaspora, celle des malgaches de cœur, celle de ceux qui sont « tombés en amour » pour le pays et pas seulement dans mon cas.
Pendant toutes ma carrière de nomade j’ai rêvé de passer ma retraite à Madagascar pour qui sait, transmettre une partie de mes savoirs.
Le moyen aurait été une maison assez grande pour recevoir des amis et plus.
Las, les conditions d’obtention d’un terrain et de faire construire ressemblaient trop a de l’arnaque. Nous avons laissé tomber ce projet.
Finalement l’âge aidant j’ai fini par accepter l’idée que les personnes indispensables sont toutes au cimetière.
Et pourquoi ne pas rester vivre dans un endroit distant de moins de dix kilomètres d’une pharmacie pour me procurer les médocs journaliers indispensables ?

Katy
Katy
En réponse à  F
2 années plus tôt

Feng.chou malheureusement je pense finir comme vous loin de mes rêves

banksybeat
banksybeat
2 années plus tôt

Si tout le monde se sent concerne et pas seulement les dirigeants, ce serait deja un grand pas

Malala
Malala
2 années plus tôt

Ary raha reo gasy any ivelany reo ndray no mihetsika e?

Vohitsara
Vohitsara
2 années plus tôt

Moi, malgré tout je ne perd pas espoir. Qui fait vivre d’ailleurs. Je pense qu’un jour quelqu’un dirigera ce pays et le fera un des pays qui donnent envie de vivre. Un ancien Président a dit: nous bâtissons le pays de sorte que les Malagasy d’Andafy aient envie de revenir et vivre ici avec nous. Il était sur le bon chemin et boom, la bombe 09 a explosé en pleine figure. Et on est là.
A propos de cette photo, j’ai l’impression que cet enfant est un métis. Non, il n’est pas albino. Est-ce le fruit d’un touriste sexuel ou d’une aventure d’un expat résident? Je pense que ça on le saura jamais.

Malala
Malala
En réponse à  Vohitsara
2 années plus tôt

dans 50 ans?

Vohitsara
Vohitsara
En réponse à  Malala
2 années plus tôt

Non, au plus tard dans 10 ans

Malala
Malala
En réponse à  Vohitsara
2 années plus tôt

Kely finoana ihany aho an

rafangy
rafangy
En réponse à  Malala
2 années plus tôt

nahoana? raha ny fahitako sy fandrenesako ny reaky ny olona eny rehetra eny, dia mbola betsaka, tsy araky ny heverana azy ny gasy manapanahy sy tia ny mpiarabelona aminy, ary tsy nofy izanyhoe afaka folo taona raha ela dia hisy ny olona hiarahisalahy hampandroso an’ity tanintsika ity

Rakotomangamijoro
Rakotomangamijoro
2 années plus tôt

Il y a aussi l’éducation des enfants qui pose problème à Madagascar. Je ne sais pas le niveau des écoles dites française mais là où je suis, il n’y a pas photo par rapport aux écoles malgaches. Par exemple, ici, à l’école publique, il y a des techniciens en éducation spécialisé, psychologues scolaire, orthophoniste, orthopédagogue etc. Et tous ces services sont gratuits. (je dis gratuit mais je paie ces services à travers mes impôts)

SRA
SRA
En réponse à  elman
2 années plus tôt

Pour donner une idée des tarifs, les écoles homologuées AEFE sont de l’ordre de 4 à 5M d’Ar au niveau lycée (année scolaire). Donc moins au niveau collège et au niveau primaire. Le lycée français est à ce niveau en trimestriel.

Rangita
Rangita
Certifié
2 années plus tôt

Ary raha ny « diaspora » no tokony hanova zavatra e?
sa tokoa mbola mifezaka? ka mialokaloka any an-tanin’olona any?
sa mbola variana miresaka ambony latabatra fosiny? (masturbation intellectuelle)

Avec le mot « si » on peut faire tout ce qu’on ne peut pas faire.

Rangita
Rangita
Certifié
En réponse à  elman
2 années plus tôt

Nous ne pouvons pas faire sur mesure les situations de la vie, mais nous pouvons faire sur mesure les attitudes pour s’adapter à ces situations.

Ralek
Gold
2 années plus tôt

Vous avez bien résumé, il ne s’agit pas d’argent ou de luxe, il s’agit de vie au sens propre, c’est à dire santé et sécurité. Quand votre vie (et ceux de vos enfants) est en jeu avec des paramètres qui ne dépendent pas de vous, ça devient dur.

Tah
Tah
2 années plus tôt

Bonjour
Je fais partie de la disapora qui est rentrée. Je partage certains points de votre analyse. J’ai quand même pris le risque malgré tout en recherchant des altermatives.

– Concernant la sécurité: vidéosurveillance, cloture électrifiée

– Concernant la santé: il y a le CFE + mutuelle pour la prise en charge de frais de santé locaux + assurance évacuation en cas de besoin d’hospitalisation

– Concernant les frais de scolarité des enfants: si les moyens sont limités, on peut postuer à une bourse d’étude. Sinon, on peut se permettre de payer l’ integralité des frais de scolarité.

– Concernant l’état des routes, etc. On fait avec.

Donc oui, beaucoup de contraintes mais ça vaut le coût pour mon cas. Très heureuse d’avoir fait le choix de rentrer.

Ralek
Gold
En réponse à  elman
2 années plus tôt

Alors, si la qualité du moyen et les personnels sont compétents, je suis prêt à payer…
Il ne s’agit pas d’argent, mais de qualité du service et du système.
Pour la sécurité, je n’ai jamais été bling bling, et je ne le serais jamais.
Quand je suis en vacances à mada, je suis en t-shirt simple, short et tong (scoobidou comme on dit).
De même, mes enfants, je ne leur mets jamais des trucs de marque.
Mais quand le personnel de maison sait que vous venez de France, ça peut être déclencheur de certaines choses.

mpijery
mpijery
En réponse à  Tah
2 années plus tôt

Pour moi, l’unique obstacle est l’insécurité, pour le système de santé, mise à part des très gros ennuis comme l’insuffisance rénale ou autres cancers, je pourrais faire avec.
Question scolarité, ayant été un pur produit du système éducatif gasy et même du fanagasiana, je pense que tout n’est pas non plus à jeter.
Ceci étant, comme je n’ai quitté le pays qu’assez récemment (moins de 10 ans) je ne suis peut-être pas encore totalement diasporaisé 🙂

mpijery
mpijery
En réponse à  elman
2 années plus tôt

Je voulais dire du système éducatif (sans maître FRAM – il ne faut pas exagérer). Si une bonne partie de ma promotion (par exemple) a réussi à finir correctement leurs études et j’en connais quelques-uns qui réussissent bien leurs vies grâce à leurs diplômes, que ce soit à Madagascar ou à l’étranger, ça veut bien dire ce que ça veut dire

alevanar
alevanar
En réponse à  Tah
2 années plus tôt

pour la santé et la scolarité dont vous parlez il faut être français!

D. Oliprane
2 années plus tôt

La valise d’un émigré, qqs sa culture, contient toujours le rêve caressé d’un retour, qu’il réussit parfois à transmettre à ses enfants.
La deuxième ou troisième génération née en France de parents immigrés goûtent à un retour au source quand le développement est porteur. Mais ces pays sont rares : sud-est asiatique, maroc …
Vous avez raison de dire que le principal frein est l’état social délabré de Madagascar.
Les jeunes malgaches nés en France expriment plutôt le rejet.

veritas
veritas
2 années plus tôt

J’ai moi aussi longtemps vécu en France et je vis actuellement a Madagascar en tant que cadre pour un salaire moyen de 550 euro /mois.La vie reste dure malgré un tel salaire(12 fois le smic local) et malgré la prise en charge de nos soins médicaux la qualité des soins ici laisse a désirer surtout en ce qui concerne les urgences vitales donc du chemin reste a faire.Je ne regrette pas trop mon choix mais s’il y’a bien une chose qui manque a Mada c’est un système de santé efficace et non corrompu.

rafangy
rafangy
En réponse à  veritas
2 années plus tôt

j’ai connu des gens qui ont vecu longtemps en France aussi et sont venus a Mada et ils ont bien vecu ici avec tout le confort:personnel de maison au nombre de 4, nourritures fraiches et naturels, systeme de sante efficace, securite encore meilleure qu’en metropole, car vous pouvez circuler a pied la nuit sans craindre de vous faire agresser, et cette epoque revolue date d’avant 1972, et puis tous ces gens sont rentres en France ou ailleurs apres cette revolution tsaramaso

angady
angady
2 années plus tôt

c’est sûr que « there is no place like home », mais il est de notre devoir d’assurer un avenir meilleur pour notre progéniture. cela comprend un meilleur environnement: plus sain, sécuritaire, accessible, durable, etc. malheureusement, à Madagascar, on n’en est pas encore à ce stade. alors, je n’ai de choix qu’aller voir ailleurs.

rafangy
rafangy
En réponse à  elman
2 années plus tôt

ici aussi, durant l’ete, avec ces 35 degres, vous pouvez prendre un taxibe « climatise » avec du parfum des aisselles nos lavees depuis des jours!hihihihihihi!

lantoki
lantoki
2 années plus tôt

Bonjour,
Le système de soins n’est pas forcément moyennâgeux, ce sont les salaires qui sont préhistoriques : un ami vazaha d’Antsirabe a été transféré par ambulance médicalisée d’Antsirabe a Tana ( oui, ça existe ). Heureusement pour lui, car il y a eu 2 arrêts cardio-respiratoires dans l’ambulance.

coût de l’aller-retour : 1 700 €

Ralek
Gold
En réponse à  lantoki
2 années plus tôt

Non non, le système est moyennageux!
En France, par exemple, tout le monde a le droit au même soin et ce gratuitement avec la sécurité sociale, peut importe votre salaire.
Et peu importe aussi quel hôpital vous soigne ! Égalité et équité !
Votre ami vazaha ne deboursera rien probablement car ce sera pris en charge par sa couverture santé…

Ralek
Gold
En réponse à  elman
2 années plus tôt

Il aurait pu prendre une assurance voyage ponctuelle qui couvre tous les frais, voire même c’est inclus dans certains de ses produits quotidiens type carte visa.
L’histoire avec mon fils à Barcelone, que je vous ai raconté dans un autre billet, ça nous a coûté rien avec la mutuelle, la carte visa et la carte sécu européenne. Tout a été pris en charge ou remboursé intégralement. (Par contre, il faut être prêt à faire de la paperasse ^^)

Ralek
Gold
En réponse à  Ralek
2 années plus tôt

Pour info, ceux qui sont en France, la carte sécurité sociale européenne est gratuite, il faut juste faire la demande en ligne sur Ameli.

tsaravavaka
tsaravavaka
2 années plus tôt

La meilleure réponse fournie depuis des décennies à la question posée ( « ah là là Madagascar ) par 3 chercheurs :

« l’énigme et le paradoxe »

11/01/2018. Madagascar connaît depuis plusieurs décennies des crises cycliques qui emportent avec elles ses dirigeants. Un livre écrit par des universitaires de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) analyse les mécanismes de ces soubresots qui traversent le pays et affectent son économie. Madagascar, contrairement à beaucoup de pays africains, ne connaît pas de guerre et possède de nombreuses richesses. Pourtant sa population ne cesse de s’appauvrir.

Sommaire

Une régression inexorable de l’économie malgache
L’équation Malgache
Mauvaise gouvernance et ethnicité
La cité des 10 000
L’explosion de la violence
L’éternel retour (de la crise) ?

Une régression inexorable de l’économie malgache

Il y a quelques semaines, des économistes de l’Université d’Ankatso s’étaient émus de la situation de Madagascar et de l’état de pauvreté de ses habitants. Ils rendaient public un travail de recherche effectué par leur département en relation avec l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Ce document indique, notamment, que le PIB par habitant à Madagascar a baissé depuis près d’un quart de siècle. La richesse produite par habitant est ainsi passée de 440 USD en 1992 à 415 USD en 2016. Les conclusions de cette étude sont accablantes et montrent que le taux de pauvreté n’a cessé d’augmenter durant cette même période.

rakoto population malgache
En écho à ce cri d’alarme, l’IRD vient de publier un ouvrage écrit par trois universitaires membres de l’institut. Mireille Razafindrakoto, directrice de recherche à l’IRD, François Roubaud, économiste statisticien et Jean-Michel Wachsberger, agrégé en sciences sociales et maître de conférence en sociologie à l’université de Lille, signent une enquête interrogeant les causes des crises cycliques qui affectent Madagascar et qui anéantissent chaque fois les maigres progrès économiques du pays.

Le livre intitulé “L’énigme et le paradoxe” tente d’expliquer pourquoi un pays qui n’a pas connu de guerre depuis son indépendance ne cesse de régresser alors que d’autres états du continent voisin qui ont traversé des crises graves sont parvenus, malgré tout, à se développer. Comment expliquer également la fréquence des événements socio-politiques à Madagascar qui remettent, chaque fois, en cause les maigres progrès économiques acquis dans les périodes de stabilité. Une énigme et un paradoxe auxquels les auteurs apportent quelques réponses, tout en tordant le coup parfois à quelques idées reçues.

En cinq chapitres, le livre présente les données du mystère malgache et cherche à en scruter les causes à l’aide des théories économiques traditionnelles et modernes de la croissance de long terme.
Richesses et pauvreté se cotoient à Madagascar
Richesses et pauvreté se cotoient à Madagascar
L’équation Malgache

“L’énigme et le paradoxe” balaie la situation de la grande île en la comparant à un panel de pays de l’Afrique de l’Ouest : le Benin, le Burkina Faso, le Cameroun et la Côte d’Ivoire. Ces quatre états ont tous connu, depuis leur indépendance, un taux de croissance significatif. En revanche, la trajectoire économique de Madagascar suit une tendance récessive depuis plus d’un demi siècle.

Selon les données de la Banque mondiale, le PIB par tête était de 132 dollars en 1960 et atteignait 402 dollars en 2015. Dans le même temps, le PIB par tête de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne parti d’un niveau légèrement inférieur (117 dollars), était multiplié par quatorze (1588 dollars) en 2015. L’Asie du Sud-Est et le Pacifique, plus pauvres d’un tiers en début de période avec 90 dollars, était seize fois plus riche que Madagascar en 2015.

La grande île a été confrontée, durant la même période, aux mêmes difficultés que les autres pays du continent. Les errements idéologiques, les expériences économiques sans lendemain, les ajustements structurels, la corruption, l’instabilité politique ont marqué, ces cinquante dernières années, la majorité des pays du continent et notamment les quatre, retenus par l’étude de l’IRD.

Pourtant, Madagascar possède des atouts. Un taux d’emploi, un taux d’alphabétisation et une espérance de vie supérieurs à ses voisins. Des performances qui puisent peut-être dans l’histoire pré-coloniale. Les auteurs rappellent ainsi, que Madagascar rendit l’école obligatoire en 1876, soit cinq ans avant la France.
Mauvaise gouvernance et ethnicité

Le livre des chercheurs de l’IRD remet en cause certaines idées reçues ; et parmi elles, celle de la mauvaise gouvernance. Là aussi, l’échec économique ne peut pas s’expliquer par la piètre qualité des institutions et de ceux qui gouvernent. Les indicateurs des bases de données internationales de la gouvernance ne laissent pas apparaître de faiblesses significatives à Madagascar.

Selon les Worldwide Governance Indicators de la Banque mondiale, la position de Madagascar est même, en moyenne, meilleure que celle de l’Afrique et de l’Asie du Sud-Est. C’est le cas notamment du contrôle de la corruption, de l’état de droit, de la qualité de la réglementation, de l’efficacité des pouvoirs publics et de la stabilité politique et de l’absence de violence.

La piste de la mauvaise gouvernance n’étant pas la bonne réponse aux origines des crises cycliques, les auteurs se sont intéressés à l’ethnicité. Le fractionnement du pays en différentes ethnies est, en effet parmi, les plus importants d’Afrique. Pourtant contrairement au continent, où les fragmentations ethniques et linguistiques sont en général hautement corrélées, ce n’est pas le cas à Madagascar qui de ce point de vue, représente une exception. Massivement les Malgaches revendiquent leur identité nationale avant leur identité ethnique.

Les auteurs se penchent également sur l’histoire et le développement de l’État pour essayer de trouver les racines du mal qui mine aujourd’hui Madagascar. A la veille de la colonisation, le pays apparaît comme un État en développement dominé par l’aristocratie Merina qui doit composer avec d’autres royaumes notamment Sakalava. Cette élite issue des grandes familles hova constitue une oligarchie qui veille sur l’administration, l’armée et le commerce.

La colonisation française va faire de l’île “la perle” de son empire tout en s’appuyant sur cette élite. De vastes terres en jachère et des ressources intactes vont servir de socle à l’arrivée des colons et de leurs compagnies, entraînant avec eux des réunionnais, des chinois et des karana.

Dans leur travail, les auteurs notent que la mise en valeur recherchée par le colonisateur n’a pas modifié une société agraire autarcique, mais au contraire creuse le gouffre entre une petite oligarchie et le reste de la population. Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que la France se préoccupe du développement de Madagascar.

L’indépendance et les années qui vont suivre vont voir alterner espoirs, durant l’intermède Ramanantsoa, et désillusions. Le pays va désormais vivre en fonction du flux et du reflux de l’ouverture démocratique. Parallèlement va se mettre en place, ce que François Roubaud qualifie “d’économie de rapine“. L’économie de rente va prospérer et accélérer les crises politiques.

L’ouvrage définit parfaitement les rentes économiques à Madagascar. Celles-ci ne sont pas de grande ampleur, limitées par nature ou faute de stratégie pour favoriser leur extension. Ces rentes sont constituées de terrains et d’autres valeurs immobilières. L’économie de traite (café, vanille, girofle, thé) qui s’est développée au temps de la colonisation a connu une période à succès, suivie de stagnation voire de déclin dans les années 1980, 1990. Les nationalisations d’entreprises étrangères dans les années 1970 ont permis l’émergence de petits entrepreneurs nationaux aux côtés des minorités karana et zanatany.

Les proches du pouvoir ont profité des opportunités plus ou moins licites qui s’offraient à eux durant cette période. Reste que les ressources les plus accessible sont celles qui proviennent de l’aide extérieure. L’actualité récente a mis en lumière les détournements pratiqués sur les marchés publics du bâtiment ou sur les financements destinés à différentes institutions.

Le développement depuis une dizaine d’année de grands sites miniers et ceux dont la naissance est annoncée, donne encore plus d’appétit à ceux qui peuvent en profiter. Dans le domaine minier et pétrolier, les sommes en jeu sont illimitées. La rente change d’échelle et devient dès lors inaccessible en dehors du sommet de l’état.
Anciens billets de banque de Madagascar
Anciens billets de banque de Madagascar
La cité des 10 000

François Roubaud estime à 10 000 personnes ceux qui vivent de ce système et profitent des avantages de leur rang dans la hiérarchie sociale et politique. 10 000 personnes sur une population de 22 millions d’habitants. En ce sens, Madagascar fonctionne comme beaucoup d’autres pays africains. Ces élites se protègent et craignent les nouveaux venus. Cette élite pratique la vertu de l’entre-soi protecteur.

Les auteurs évoquent les dix dernières années comme étant la marque de la décadence de l’État, où les intérêts des puissants se confondent avec l’état patrimonial. Les auteurs estiment que les dernières élections n’ont pas mis fin à la déliquescence que connaît le pays.

Les signes de la grogne sociale se multiplient comme lors des événements de Soamahamanina ou de l’encerclement de la mairie d’Antananarivo pendant plusieurs heures par des militaires rendus mécontents par l’arrestation de l’un des leurs par la police municipale.

Voir également : Pétrole, les risques d’un État néo-patrimonial à Madagascar.
L’explosion de la violence

Les crises socio-politiques à Madagascar sont marquées par des explosions de violence. Bien que celle-ci ne s’exprime que très rarement. Jean-Michel Wachsberger parle de “tabou de la violence” à Madagascar qui participe selon lui de l’acceptation du peuple malgache à admettre les dérives de ceux qui détiennent les pouvoirs politique et économique.

Global Peace Index classe Madagascar à la 38ᵉ place sur 162 pays pour son degré de pacifisme. Les habitants de la grande île sont même classés 3ᵉ sur les 44 pays de l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, les Malgaches se sentent faiblement menacés par les intimidations lors des campagnes électorales. Plus de 85% des Malgaches disent ne ressentir aucune inquiétude en termes de violence politique.

La violence a toutefois été souvent instrumentalisée lors des récentes crises par les responsables politiques. En fait, l’observation des événements montre que ceux qui veulent récupérer la violence ne parviennent pas, le plus souvent, à la contrôler. C’est souvent le recours à la violence par le pouvoir en place qui précipite sa chute.
L’éternel retour (de la crise) ?

L’ouvrage revient sur les élections de 2013. Celles-ci devaient, c’est du moins ce qu’en attendait une partie de la communauté internationale, mettre fin à la crise institutionnelle née de la destitution de Marc Ravalomanana et de la transition conduite par Andry Rajoelina. Force est de constater qu’à un an des prochaines échéances, les “signaux restent dans le rouge”.

La gouvernance ne donne plus que les signes de sa faiblesse . Ainsi, si 58% des Tananariviens se déclaraient satisfaits de la démocratie en 2006, ils ne sont plus que 20% en 2015. La confiance en l’administration est passée durant la même période de 64% à 35%. Les auteurs s’interrogent “si cette dégradation se poursuit, se marquera-t-elle par une résignation de la population ou se traduira-t-elle au contraire par un nouveau mouvement populaire ?”. Quel rôle en effet peuvent jouer les aspirations de la population dans les mois qui viennent.

Les responsables politiques continuent à s’exonérer de leur devoir de redevabilité. Le statut de “ray aman-dreny” continue à les protéger. Combien de temps encore ? Aujourd’hui 70% des Malgaches considèrent que les citoyens devraient être les responsables du contrôle des actions des députés. Ils sont 72% à penser la même chose pour le président.

Les richesses non redistribuées, les atteintes permanentes à la bonne gouvernance ont été à l’origine des dernières crises. Les aspirations à plus de démocratie et plus de justice sociale ont attisé les mouvements de la rue qui ont emporté les différents régimes depuis un quart de siècle.

A la veille d’un nouveau rendez-vous avec leur histoire politique, les Malgaches continuent à être tiraillés entre les valeurs traditionnelles du respect des “ray aman-dreny” et leurs aspirations à plus de démocratie.

Finalement concluent les auteurs “l’unicité du cas Malgache renvoie à une dimension universelle. En effet cette opposition entre élites et citoyens, le rapport au pouvoir et le questionnement de la démocratie qui sont au cœur du nœud Malgache actuel, sont aussi un mouvement de fond à l’échelle planétaire qui travaille aussi bien les pays en développement, que les pays développés”.

> Acheter le livre “L’énigme et le paradoxe: Economie politique de Madagascar” de Jean-Michel Wechsberger, François Roubaud et Mireille Razadrafinkoto sur Amazon en cliquant ici.

banksybeat
banksybeat
2 années plus tôt

Les RAD veulent offrir a leurs enfants la meilleure education car « izay adala no toa an-drainy ». Or, le niveau d’education n’a cesse de degringoler depuis 1975 avec l’economie. Envoyer ses progenitures en Europe etait devenu un casse-tete chinois pour les familles honnetes meme pour la France ou les etudes superieures sont pratiquement gratuites. Puiser dans la caisse de l’Etat est une des rares solutions possibles.
Maintenant, il faut voir maintenant si ces enfants de notables, ministres et fonctionnaires de haut rang ont reussi et ramener quelques choses pour Mada. C’est une question de redevabilite. S’ils ont rate leur vie et sont d’aucune utilite pour le pays, c’est une perte seche.

banksybeat
banksybeat
En réponse à  elman
2 années plus tôt

S’ils ont reussi peu importe leur domaine et le pays ou ils sont, c’est deja ca pour et Madagascar en sera tres fier. Le pays ne va pas leur demander de rentrer et devenir pauvre ici. C’est a eux de construire une image brillante et enviee des originaires de Madagascar; c’est cela contribuer pour le pays mais pas forcement y envoyer de l’argent tous les mois.
La question de l’ethnicite, liee a la chronologie des prises de pouvoir, soulevee par les chercheurs dans le texte de Tsaravavaka, est central et peut expliquer partiellement les differentes crises depuis 1972.

ACTUTANA